(Gavotte)

Elle était bergère, à La Pie, bergère,
Elle menait toujours tout droit son troupeau.
Elle était belle bergère, à La Pie, bergère,
Mais elle n'a plus de moutons tantôt.

Elle avait cent blancs moutons, au pré, à La Pie, bergère,
Elle avait cent moutons blancs, dans son beau troupeau.
Mais ils ont quitté la belle, un soir, à la clairière,
Elle en est rev'nue toute seule et sans son manteau.

" Mais qu'a-t-il bien pu se passer, bergère,
Pour laisser à la forêt tout ton troupeau ?
Et pourquoi es-tu si dévêtue ma chère,
Qu'as-tu fait de ton habit, de ton manteau ?

- C'est alors que je partais au matin pour les prés verts,
Que j'ai rencontré Messire le Duc et ses vassaux.
Il m'a demandé : " Mais où mènes-tu, jolie bergère,
Toutes ces bêtes, serait-ce sur les terres de mon château ?

- Oui, Messire, c'est sur vos terres que je les mène,
L'herbe est bonne et assez grasse pour mon troupeau.
Je vous donnerai toute leur laine pour votre belle
Et pour l'appétit d' vos gens quelques agneaux. "

- J'ai déjà beaucoup de laine pour les robes de ma belle
Et mes gens sont bien nourris à la table de mon château.
Quitte plutôt ces terres et va-t' en, belle, à la clairière,
Dans la forêt il y a de l'herbe grasse pour tes agneaux.

- Oui, Messire, mais il rôde un loup en ces terres,
Je crains qu'il ne se nourrisse de mon troupeau,
C'est pourquoi je n'ose aller seule à la clairière,
Bien, Messire le Duc, j'y mène mon troupeau. "

Et c'est là-bas, toute seule, bergère, à la clairière,
Que l'avait suivi le plus faux et vil des vassaux,
Il ne voulait aucunement la laine de la bergère,
Juste la bergère et pas un seul de ses agneaux.

Dans les bois, on s'y tromperait peut-être,
C'est bien le loup qui la sauva du sot,
En dévorant l'infâme qui ne put rien faire,
En épargnant blanche bergère et son troupeau.

Depuis, c'est pour remercier le loup qu'elle laisse paître,
A la clairière, sans protection, tous ses agneaux
Et c'est pour ça que chaque bergère, à La Pie, bergère
A pris chien-loup pour garder dans les bois le troupeau.

Où sont tes moutons, ma belle,
Où sont donc tes blancs moutons ?
Où laisses-tu ton troupeau, belle ?
Dans les prés n'y sont pas. Non !

Tant va tant va tant, ma belle,
Que s'en vont tes biancs moutons.
Dans la lande, tu es si belle,
J'aimerais être de tes moutons.